29 juillet 2026

Pourquoi se raconter des histoires ?

Il existe bien des aspects universels à l’humanité ; parmi ceux qui me fascinent le plus, il y a cet irrésistible besoin d’exploration et puis celui qui nous intéresse ici, à savoir le besoin de raconter des histoires et de les entendre.

Maintenant que j’y pense, ces deux besoins semblent se confondre.

Depuis des millénaires, des traditions orales existent et les hommes n’hésitent pas beaucoup à naviguer sur des troncs d’arbres s’il le faut pour aller voir ce qu’il se passe sur le rivage d’en face, parfois situé à des distances folles.

Il y a environ 50 000 ans, plusieurs dizaines d’individus s’organisent pour la première grande traversée connue : ils construisent et prévoient ce qu’il faut pour survivre, attendent le bon moment et quittent une région aujourd’hui immergée dans l'actuel archipel Indonésien pour rejoindre l’Australie. Une traversée de 70 à 90 kilomètres. Courageux, les ancêtres !

La peur et l’ignorance

Avaient-ils peur ? Ont-ils surmonté la terreur qu’engendrent les histoires de monstres marins ou de colères divines ?

Pour certains, la curiosité est la plus forte, et nous assistons ainsi à l’émergence d’un conflit narratif et d’une quête de sens et de vérité.

Longtemps avant l’invention de l’écriture, les hommes, les femmes et les enfants se rassemblaient autour du feu et se racontaient des histoires. J’ai le cœur serré en pensant à toutes ces traditions orales à jamais perdues.

Certaines ont pu être retranscrites ; l'Iliade et l’Odyssée, que je chéris particulièrement, mais aussi ailleurs dans le monde et encore beaucoup plus anciens.

Le besoin de récit est universel

Les plus anciens textes datent du IIIe millénaire avant notre ère. J’en consacrerai un article à part entière pour vous en rapporter le contenu et le contexte. Mais pour résumer, il est question de mythologie et de poésie sumérienne, de magie égyptienne, on retrouve les aventures du roi Gilgamesh (Mésopotamie) ou encore le conte du Naufragé.

Si les conflits narratifs ont évolué au fil du temps (nous pourrons y revenir aussi), la production d’histoires ne cesse pas et s’exprime sur de multiples supports. Ce désir est profondément ancré en nous. Et pourquoi cela ?

Donner du sens au chaos de l’existence

Notre vie ne peut être qu’une succession d’événements aléatoires. Ce qu’elle est, par ailleurs. L’est-elle vraiment ? Bon sang, ce sujet soulève vingt questions pour chaque affirmation.

Psychologiquement, en tout cas, nous avons besoin de faire des liens de causalité entre les choses et de comprendre. Nous y mettons donc un début, la poule par exemple, un milieu, puis une fin. Si la fin n’existe pas encore, la mise en récit permet d’en projeter une : nous établissons des causalités et une direction.

Ainsi, nous refusons l’absurde et nous apprenons. Nous partageons nos expériences et le savoir devient cumulatif.

Tisser des liens et cultiver l’empathie

Avez-vous déjà remarqué que notre respiration se synchronise avec celle du héros d’un livre ou d’un film haletant ? La neurologie a démontré que lorsque nous écoutons une histoire, nos cerveaux s’alignent.

En offrant et en recevant des histoires, nous construisons des ponts entre nos consciences. Nous vivons mille vies en une, nous chaussons les souliers d’un autre en éprouvant ses joies, ses peurs, ses doutes.

Nous réalisons que les émotions sont universelles ; nous serons toujours plus touchés par l’histoire particulière et racontée d’un survivant que par le rapport factuel d’une guerre ou d’une catastrophe, aussi insoutenable soit-il. Notre cerveau est conçu comme ça.

Cultiver un héritage et se découvrir soi-même

Voilà le cœur de mon métier : permettre la transmission de mémoire. Qu’advient-il de l’expérience d’une vie, des leçons chèrement acquises, des anecdotes familiales ? Elles survivent dans l’oralité, un temps.

L’immortalité est un thème cher dès les plus anciens récits. Êtres conscients et sensibles que nous sommes, les histoires ne nous servent pas qu’à nous divertir : elles nous font exister pleinement. Fictionnelles ou réelles, elles sont le socle de notre humanité.

Il existe en chacun de nous des histoires qui ont contribué à nous faire grandir et à nous faire choisir quel genre de personne nous voulons être.

Pour ma part, ce fut Tistou les Pouces Verts écrit par Maurice Druon. J’étais bien petite ! Mais en l’offrant à mon fils, je l’ai relu et compris que cette histoire avait été fondatrice pour moi. Et vous, quelle est l’histoire qui a changé votre vie ?

Transmettre son histoire

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Autour d'un café à votre domicile (à Niort et aux alentours), nous avançons un chapitre à la fois, à votre rythme, dans le respect de votre voix et de votre histoire.

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