Après le farci de Jocelyne, ce délicieux farci poitevin que j’ai adopté malgré un premier choc des cultures — je le mange froid, maintenant — le moment est venu de rapporter d’autres consternations culinaires interculturelles.
Manger est un acte du quotidien, l’acte de cuisiner nous semble banal et pourtant c’est encore un aspect de l’humanité bien intrigant. Avez-vous déjà vu un animal se préparer sa petite popote ?
L’humain fait ça, et selon les dernières théories de la communauté scientifique, ce n’est pas notre gros cerveau qui nous a permis d’inventer la cuisson, mais bien la cuisson qui a permis à notre cerveau de grossir. On dépensait moins d’énergie pour la digestion, donc on a pu mieux dormir, augmenter nos facultés cognitives, développer de nouvelles techniques, et ainsi de suite jusqu’au jour où les Portugais ont inventé la « Francesinha ».
La petite française
De retour au pays le temps d’un été, ma cousine adorée Aninha me parle de cette spécialité de Porto. Je comprends d’emblée le sens du mot « francesinha » : la petite française. Voilà qui m’enthousiasme et attise ma curiosité : la cuisine portugaise est délicieuse, très simple. Ce plat-là promet d’être plus raffiné, délicat, « à la française ».
Face à ma curiosité, ma cousine me propose de m’en cuisiner.
Oui, j’ai failli fondre en larmes. Ce n’était pas encore l’époque du smartphone et je n’avais pas pu voir à quoi ça ressemblait.
Mais on ne peut ignorer que des gens — des milliers, peut-être même des millions — adorent ce plat. Alors en voici la recette que j’ai réalisée pour les miens, juste pour voir leurs têtes :
La Recette de la Francesinha "A Moda do Porto"
Pour 2 personnes (ou 1, ou 4, je ne vous connais pas)
Temps de préparation : 30 min | Temps de cuisson : 40 min
Ingrédients
Pour le sandwich :
- 4 épaisses tranches de pain de mie (idéalement du pain de mie artisanal légèrement brioché)
- 2 steaks de bœuf assez fins
- 2 saucisses fraîches portugaises (salsicha fresca) ou des chipolatas de qualité
- 2 saucissons fumés portugais (linguiça) ou de la mortadelle, plus tendre
- 2 tranches de jambon blanc
- 10 à 12 tranches de fromage flamengo (ou un bon Edam / Gouda fondant)
- Optionnel : 2 œufs frais (pour le faire au plat par-dessus)
La sauce :
- 1 oignon et 2 gousses d'ail hachés
- 50 g de lardons ou un talon de jambon cru
- 1 feuille de laurier
- 30 cl de bière blonde (la Super Bock ou Sagres, bien entendu)
- 5 cl de Porto rouge
- 5 cl de Whisky ou de Brandy
- 200 g de coulis de tomate
- 1 cuillère à soupe de Maïzena (délayée dans un peu d'eau froide)
- Piment de Cayenne ou Piri-Piri (selon votre goût)
- 30 g de beurre
Préparation
La sauce : Dans une casserole, faites revenir l'oignon, l'ail et les lardons dans le beurre. Ajoutez la feuille de laurier. Une fois le tout bien doré, versez le coulis de tomate, puis la bière, le Porto et le Whisky (oui, tout ça !). Assaisonnez avec le piment et laissez mijoter à feu doux pendant 20 minutes. Retirez le laurier, mixez la sauce jusqu'à ce qu'elle soit parfaitement lisse, puis réincorporez la Maïzena délayée. Laissez épaissir 5 minutes à feu doux. La sauce doit être nappante, chaude et corsée.
Les viandes : Faites griller à la poêle les steaks (saisis très vite), les saucisses coupées en deux dans la longueur et la linguiça (ou mortadelle). Faites légèrement toaster les tranches de pain de mie.
Le bâti : Sur une assiette creuse allant au four, posez la première tranche de pain. Superposez dans l'ordre : le jambon, le steak, la saucisse, la linguiça, et recouvrez avec la seconde tranche de pain.
La couverture de fromage : Couvrez intégralement le sandwich avec les tranches de fromage : le pain et les côtés doivent disparaître sous une armure d'Edam.
La cuisson & le nappage : Enfournez à 200 °C pendant 5 à 8 minutes, juste le temps que le fromage soit complètement fondu et enrobe le tout. À la sortie du four, si vous avez l'âme aventurière, déposez un œuf au plat sur le sommet.
Le final : Inondez généreusement le sandwich avec la sauce bien chaude. Servez immédiatement, cerné d'une montagne de frites fraîches (qui tremperont joyeusement dans la sauce, si comme moi, vous avez la chance d’avoir un partenaire de vie originaire du Nord et qui sait y faire en frites).
Bom apetite !