15 mars 2026

Épigénétique (3)

Mais comment ça se transmet, biologiquement, chimiquement, chimèrement ?

Je vous ai déjà parlé de mon compagnon, qui aime faire la fashion police dans les rues de Niort. Il fait aussi dans la police scientifique.

En lisant mes articles sur l’épigénétique, dont il n’avait que peu entendu parler, ce titulaire d’un double bac S (*) déclare : “ ça manque d’explication concrète, ça se passe comment en fait, biologiquement, chimiquement ? ”.

Ah la chimie. Il y a un truc épigénétique aussi pour moi, là. Une telle aversion pour ce domaine, ça vient forcément de plus loin que de mon baccalauréat littéraire.

Mais j’ai dit qu’on pouvait être résilient, alors je vais tenter. NON PAS DE TOUCHER aux poudres bizarres du kit “Cristaux et Pierres précieuses” de mon fils, mais d’au moins comprendre comment ça fonctionne et de vous restituer ce que j’ai compris.

L’encodage commence donc chez le parent. Soumis à un stimulus extérieur intense (stress, alimentation, apprentissage), une cascade de signaux chimiques s’enclenche.

Des enzymes nommées ADN méthyltransférases s’activent et ajoutent des étiquettes chimiques, via des groupes méthyles (notés -CH3). Ça se passe au cœur des cellules du parent, directement sur les bases de l’ADN (pour les plus énervés d’entre vous : généralement sur les cytosines suivies d’une guanine, les sites “CpG”). Cette méthylation crée un encombrement dit stérique : on ne peut pas mettre deux choses au même endroit, au même moment. La cellule ne peut plus lire le gène, il est réduit au silence.

Mais comment les cellules lisent le gène ? C’était expliqué dans un cours de SVT dont on se souvient tous très bien, pour sûr.

En parallèle de cet encombrement, les protéines autour desquelles l’ADN s’enroule, les histones, subissent elles aussi des modifications, par acétylation ou méthylation.

Quelle différence ça fait, acétylation et méthylation ? Qu’en sais-je, à part que ça resserre ou desserre la “bobine” d’ADN (les histones), rendant l’information plus ou moins facile à lire.

Bon okay, on va regarder de plus près la différence entre acétylation et méthylation. Ne me jugez pas, on a tous un domaine où de grands mots nous font grand peur.

À la différence de la méthylation, qui encombre donc et réduit le gène au silence de façon durable, l’acétylation permet l’expression ; Les histones sont chargées positivement et l’ADN négativement. Ces deux-là sont donc collés-serrés. L’acétylation vient neutraliser la charge positive des histones, permet à la bobine de se relâcher. L’ADN se déroule et devient accessible. La cellule lit le gène.

Ce phénomène est plus fluide et dynamique que la méthylation. Un bon sommeil, une bonne hygiène de vie, un stress réduit, permettent déjà de calmer tout ça.

Donc la méthylation de l'ADN est le verrou principal, tandis que les modifications sur les histones (comme l'acétylation) servent à ajuster la tension de la bobine.

Voilà pour le côté parent. Et maintenant, comment ça passe chez l’enfant ?

Nous avions donc déjà mentionné qu’il ne s’agissait pas de mutations génétiques mais bien des questions d’expression. L’information génétique arrive donc intacte dans la constitution du bébé, dans des cellules toutes neuves.

Cela permet un large nettoyage des marques épigénétiques, mais parfois, ça passe quand même ; ces modifications auront alors atteint non pas seulement les muscles et neurones du parents, mais aussi les cellules germinales (qui produisent spermatozoïdes et ovocytes), grâce aux informations transmises par de l’ARN non-codant.

Et oui, vous avez bien suivi, ce sont les marques de méthylation posées sur les gènes du parent qui voyagent jusqu’à l’enfant.

Cela concerne 1 à 10 % du matériel génétique. Ce qui est quand même pas mal, quand on considère que ces informations-là ne résultent pas de notre vécu, mais de celui de nos parents et ancêtres.

(*) Peu satisfait de la note de son premier bac, il a choisi de redoubler pour faire mieux. Un grand homme, je vous dis.

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